Dieu : une hypothèse non nécessaire

Nos ancêtres ont imaginé des dieux créateurs et organisateurs pour répondre à une seule exigence : pallier leur ignorance.

Souvenez-vous : nous étions tout juste descendus de l’arbre.1 L’orage éclata brusquement, tandis que le soir tombait. En comparaison, la tempête Xynthia ressemblait à une douce brise. Nous nous étions abrités dans cette caverne providentielle, qui nous apparut tandis que nous courions frénétiquement pour échapper aux trombes célestes. Nous avions peur, nous avions froid. Les éclairs zébraient le ciel nocturne, le tonnerre nous terrifiait, le vent était glacial. Notre chamane2 s’était bien levé pour nous expliquer ces phénomènes météorologiques que sont les dépressions, anticyclones, courants océaniques et autres chocs électriques entre nuages de différents potentiels. Son n’importe quoi habituel. Aucun de nous n’y prêtait attention. Bref, en l’absence d’explications sensées, nous en avions conclu que ce déchaînement céleste ne pouvait être que la manifestation de la colère de quelque esprit que nous avions offensé, et qui se vengeait.

Notre chamane, écoeuré, s’est reconverti en prédicateur.3

Sous son impulsion, les esprits ont connu un succès grandissant, qu’ils soient faunes, djinns, fées, farfadets, lutins ou dieux. Ils expliquaient tous les phénomènes pour lesquels nous n’avions pas d’explication. La pluie, le tonnerre, la maladie, la reproduction : le fait des esprits. Nous avons anthropomorphisé la nature, nous l’avons doté d’êtres l’organisant, régissant ses lois.

Notre chamane, que nous écoutions à présent qu’il était devenu sage, nous expliquait que nos dieux ne se contentaient pas d’organiser l’univers : ils l’avaient créé. Et répondait ainsi à la plus importante de toutes les questions : d’où venions-nous ?

De l’eau a coulé sous les ponts ; l’ignorance demeure toujours l’un des principaux vecteurs d’extension de la religion. Les clergés, qui ne vont pas scier la branche sur laquelle ils sont assis, veillent à sa perpétuation. Songez que l’index des livres interdits par la religion catholique romaine, rendu tristement célèbre par Galilée, fut mis à jour jusqu’en 1948.

Je ne dis pas pour autant que les religions sont restées primitives. Elles ont dans l’ensemble su s’adapter à l’évolution du monde, en intégrant les découvertes scientifiques et les progrès sociaux de leur temps – ou du suivant. Plus souvent du suivant en fait, c’est le problème lorsque l’on traîne des pieds pour quitter sa maison en proie aux flammes, on se retrouve à camper sur une position qui devient de plus en plus intenable mais qu’il faut bien au final se résoudre à abandonner. Avec regrets, parfois avec moult contorsions, voire quelques brûlures, mais à de rares exceptions près, les religions s’adaptent.
Les vérités littérales d’hier, rendues caduques, deviennent des allégories, des métaphores, des paraboles. C’est très pratique en religion l’allégorie.4

Oh, il subsiste bien ça et là quelques conservateurs religieux s’accrochant désespérément à l’enseignement littéral des écritures, témoins de Jéhovah et autres créationnistes en tête. Ces arriérés sont pourtant minoritaires, et ne m’intéressent pas ; qu’ils continuent donc à errer dans leur ignorance, sur leur terre plate dans un système solaire géocentrique – tant qu’ils ne viennent pas frapper à ma porte.5

Notons que la science connaît également cette situation d’être confrontée à de nouvelles données qui la remettent en cause. A mesure qu’elle progresse, des horizons nouveaux apparaissent, et leur exploration bouleverse parfois les connaissances précédentes. Une nouvelle théorie survient, et la précédente n’est plus vraie que dans des conditions très précises. La relativité générale a ainsi limité le champ d’application de la théorie de la gravitation newtonienne. Grâce à la découverte des omégas 3 – et bien qu’il nous reste toujours à découvrir à quoi ils servent, nous savons désormais que les graisses végétales, longtemps considérées comme constituants principaux de la margarine, n’en sont que des composants subalternes et totalement anecdotiques.
L’immense avantage de la science sur la religion, c’est que la science ne souffre pas de ces révolutions perpétuelles. Ce sont au contraire elles qui la font progresser. On ne pratique pas la science pour sauver de vieux postulats : on la pratique pour en proposer de nouveaux.

Mais revenons à nos esprits. Invoquer un dieu omnipotent, cause et régisseur de l’univers dans son ensemble pour satisfaire notre entendement, n’est-ce pas facile ? Et surtout, n’est-ce pas à côté de la plaque ?

Dieu est une réponse commode à toutes les questions posées auxquelles nous ne savons pas répondre. Ce que je ne comprends pas, c’est que d’aucuns s’en satisfassent.

Prenons un exemple simple et universel. Comment notre univers a-t-il débuté ? La théorie du big-bang n’est évidemment pas une réponse qui conviendra au théologien de passage sur ce site. S’il admet volontiers cette théorie, elle lui apparaît insatisfaisante pour expliquer la cause première de l’univers. Il rebondit alors : quel évènement a donc initié le big-bang ? Inutile à ce stade de lui parler d’un multivers au sens d’Andreï Linde, il ne vous écoute déjà plus, attendant patiemment que vous ayez fini pour vous poser la question insidieuse : d’où provient votre multivers ? Vous ne pourrez en définitive pas lui répondre. Les limites de la physique actuelle ne vous permettent pas de le faire.
D’ailleurs, peu importe en vérité. Notre théologien a une explication. Que dis-je, il a l’explication, la seule, la vraie, l’unique : le big-bang a été initié par dieu, créateur suprême. D’une manière générale, en théologie, lorsque vous ne savez pas, dieu est l’explication qui vous manque.
Mais dis-moi, gros malin, qui donc a créé ton dieu créateur ? Là, vous vous attendez naturellement à le voir se recroqueviller comme une limace sur du gros sel. Et bien pas du tout. Il vous répond, le bougre, avec le plus grand sérieux et un aplomb qui force l’admiration : « mais personne voyons, dieu existe de toute éternité ».
Et là, je bloque. Si cette explication satisfait notre théologien, comment se fait-il que la même explication appliquée à l’univers ne le satisfasse pas ?
Pour ma part, je ne puis concevoir d’entité existant « de toute éternité ». Ni univers, et encore moins dieu ; mais ce n’est pas parce que j’ignore la façon dont l’univers tel que nous le connaissons a été « initié » que je vais me contenter d’une ficelle aussi grosse, qui ne fait que déplacer le problème sans le résoudre.

Dieu est pour moi semblable à l’éther, cette substance censée remplir le vide de l’univers pour y expliquer la propagation des ondes. Substance invisible, indétectable, n’interférant pas avec la matière, n’intervenant dans aucun calcul. Substance inutile, n’apportant rien quant à la compréhension des phénomènes qu’elle devait permettre de justifier. Substance au final inexistante, ce qui fut prouvé au début du siècle dernier.

Lorsqu’un concept n’apporte rien, on en fait l’économie : en bon scientifique, j’applique le rasoir d’Occam à dieu.
A l’instar de Laplace, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.

  1. J’aime bien taquiner les créationnistes, c’est mon côté gamin.[]
  2. Un genre de gourou de l’époque.[]
  3. Toute ressemblance avec un prophète existant ou ayant existé n’est évidemment pas fortuite.[]
  4. La maîtrise de celle-ci n’est d’ailleurs pas la seule faculté qu’elle partage avec l’astrologie : l’aptitude à trouver des confirmations estimées irréfutables d’hypothèses douteuses grâce à des déductions bancales effectuées à partir de données factuelles torturées en est une autre. Oui, mes phrases aussi sont parfois torturées.[]
  5. Pour l’anecdote, j’ai laissé entrer chez moi il y a quelques années de cela deux témoins de Jéhovah – les témoins de Jéhovah, c’est comme les ennuis, ils n’arrivent jamais seuls. Mes deux témoins donc, un vétéran et une novice pour autant que j’ai pu en juger avons discuté deux bonnes heures durant autour d’un thé. Discussion passionnante. J’avais l’impression d’expliquer des concepts pourtant simples à de très jeunes enfants. Ils ont pris congé en m’assurant revenir la semaine suivante. Je ne les ai jamais revus. Sans doute ont-ils estimé que mon cas était désespéré. A moins que ce ne soit mon thé qui n’était pas à leur convenance ? Quoi qu’il en soit c’est bien dommage, je sens que j’avais réussi à ébranler la foi de la plus jeune ; avec un peu plus de temps, je l’aurai assurément convertie.[]

Classé dans : Religions | Mots-clés : , , , , , , , , , ,

4 commentaires pour “Dieu : une hypothèse non nécessaire”

  1. Dan dit :

    Ether : Tu dis : »Substance invisible, indétectable, n’interférant pas avec la matière, n’intervenant dans aucun calcul. »
    Respire donc un peu un flacon d’éther, et tu verras si c’est vraiment une substance indétectable, n’intervenant pas sur ton cerveau ( à moins que ce dernier ne contienne pas de matière, si tu en a fais l’expérience!) Explique un peu comment 2 degrés de variance par rapport à la température du climat terrestre provoquent les pires catastrophes ! Pourquoi l’inclinaison de l’axe de la terre est idéal pour la vie ! Pourquoi notre planète contient tous les cycles qui assurent la survie des espèces depuis des millénaires ! Pour la distance qui sépare la terre du soleil est idéale, très peu plus près on grillerait, un peu plus loin on se transformerait en glaçon ! Pourquoi l’atmosphère détruit pratiquement toutes les retombées célestes, qui sans son existence annihilerait toute forme de vie ! Autre réponse qu’un Créateur intelligent ayant un but avec et pour l’humanité n’est que folie ! Le hasard ! Le hasard ! voilà la seule réponse « intelligente » que donnent à cette question ceux qui ne veulent rendre des comptes qu’à eux-même. Pourquoi le hasard a-t-il fait que certains arbres et animaux vivent des centaines d’années ? Pourquoi le hasard a-t-il fait que l’humain se détériore après une centaine d’année ? Lui qui est si intelligent pour définir les origines d’éléments qu’il ne découvre à un pourcentage minime par rapport à l’immensité de l’univers dont il a compris que l’existence se calcule en millards d’année lumière ?
    N’est-ce pas comme si nano-organisme disait à l’homme je vais expliquer ton origine !
    Redescends donc de ton piédestal pauvre poussière !
    Sans rancune
    Dan

    • Amine dit :

      En suivant le lien présent sur le mot « éther », ou en lisant ma phrase jusqu’au point qui la termine, vous auriez évité le ridicule. Je ne parle évidemment pas de la substance que vous trouvez chez votre droguiste habituel, mais de l’éther physique « censé remplir le vide de l’univers pour y expliquer la propagation des ondes ».

      Quant à toutes les questions que vous posez relatives à l’improbabilité d’une planète si parfaitement adapté à l’apparition de la vie, il existe dans notre univers des milliards de galaxies, contenant chacune des milliards d’étoiles, dont la plupart possèdent des planètes. La loi des grands nombres fait, de la même façon que l’on trouve chaque semaine des gagnants au loto malgré la très faible probabilité pour un joueur donné de gagner, qu’il existe nécessairement des planètes sur lesquelles toutes les conditions sont réunies pour permettre l’apparition de la vie. La nôtre en fait partie, et ce n’est certainement pas la seule.

      Afin de vous épargner la même question concernant un univers si parfaitement adapté à l’apparition de la vie, suivre le lien traitant du multivers au sens d’Andreï Linde vous fournira une explication possible. Dans l’hypothèse d’une « mousse d’univers » d’où les univers émergeraient, chacun avec son big-bang et ses propres lois et constantes physiques, le nôtre ne serait qu’un cas parmi légions. Il existe donc nécessairement des univers où les lois et constantes physiques sont propices à l’apparition de la vie. Le nôtre est un de ceux-ci.
      Je ne prétends pas que c’est l’explication, la seule, l’unique, la vraie, et que « toutes les autres ne seraient que folie » : je ne suis pas théologien. C’est une explication possible. Et qui me convient autrement mieux que celle que vous suggérez.

      Sans rancune Dan.

  2. Dan dit :

    Je ne connais pas votre âge, mais vivez donc avec l’espoir de mourir comme les animaux, et retournez donc en poussière dans quelques années, sans espoir de vous épanouir et de connaître le but de la vie et de vraiment en profiter.
    Laissez la place aux autres et ainsi de suite …. Si c’est tout ce que vous apporte votre réflexion c’est plutôt terre à terre non ?
    Moi, je préfère espérer en les promesses divines, qui laissent entrevoir la vie éternelle pour les fidèles du Dieu Créateur qui a donné à l’homme tant de bonnes choses qui permettent de JOUIR de la vie !
    La planète Terre ne contient pas « par hasard » tout ce qui est requis pour le bonheur et le plaisir de l’humain.
    Poussière que nous sommes au regard de celui qui a créé toute chose, ces milliards de galaxies qui se meuvent sans se heurter dans un ordre parfait. Certains orgueilleux se permettent de se croire plus sage que celui qui a tout mis en oeuvre, leur cavité cervicale ne contiendrait-elle tout simplement pas cet éther que vous mentionnez ?
    Dan

    • Amine dit :

      Parce que je sais que je n’ai qu’une vie, et que celle-ci finira, n’ayez pas d’inquiétudes, j’en jouis à chaque instant.
      Le but de ma vie est celui que je me fixe, et c’est autrement plus valorisant que de penser qu’autrui en a décidé un à ma place.
      Ne préjugez pas de ce que ma réflexion m’apporte ; attendez que je détaille cette réflexion, nous en reparlerons.

      Libre à vous d’espérer ; je dirai même tant mieux si cela vous apporte le bonheur, ce qui semble être le cas. J’en suis sincèrement heureux pour vous.

      J’espère que vous reviendrez commenter mon prochain article, d’ici quelques jours. Il aura pour titre « Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière ». Vous allez adorer.
      Sans vouloir heurter votre foi, croyez bien que ce n’est pas mon but, je ne me crois pas plus sage que celui que vous citez : je nie son existence. Et aussi insignifiant que je puisse être, je suis infiniment plus signifiant que l’inexistant.

Ajouter un commentaire

S'abonner sans commenter