Souriez ! L’enfer n’existe pas

Je me suis souvent posé la question de la légitimité de l’enfer, qui m’est toujours apparu comme une aberration. Voici pour vous en exclusivité quelques une de mes réflexions sur le sujet.

Je précise que seules seront concernées ici les religions à dieux « éthiques » bardés de qualités absolues, et s’accordant pour vous promettre l’enfer ou le paradis en appréciation de vos actes durant votre vie.

Dieu est amour et miséricorde

Imaginez le pire des êtres lors de son séjour terrestre : voleur, violeur, assassin, parricide, tortionnaire, criminel contre l’humanité, lecteur du Figaro. L’archétype de l’affreux, fait du bois dont se chauffent les démons. Imaginez-le à présent, cet être de souffrance, rejoignant son créateur.1 Ne pensez-vous pas que l’amour infini qui émane de ce dernier ne le transformerait pas ? Comment pourrait-il rester impur à l’aune de cette pureté absolue ? A l’instant même où ce dieu lui serait révélé, il serait converti.
Il n’est même pas question de repentir : la révélation serait si éblouissante que le repentir est inutile. Subjugué par l’amour de son dieu, il acquerrait en même temps que les qualités – sublimées – qui lui ont fait défaut durant sa vie terrestre la connaissance de ses errements, la pleine et entière conscience de ses péchés. Ce savoir soudain ne serait pas un fardeau qui l’annihilerait instantanément, le foudroyant de culpabilité, non : ce serait une simple composante de sa nouvelle condition. Des sentiments nouveaux feraient leur apparition : côtoyant les remords et les douleurs inhérentes à la conscience aiguë des maux causés, un amour incommensurable, une félicité absolue.
Cette transition marque la séparation entre deux états d’un même être : le premier état correspond à l’être humain vil, corrompu, impur, fourvoyé, ignorant et blasphémateur ; le second à l’âme ayant contemplé dieu dans l’oeil, pure, intègre, instruite, emplie d’amour et soumise à son dieu, non par choix, mais par évidence.

Notre ex-infâme a commis des erreurs. Avant. Autrefois. A présent, il est autre. Pourquoi alors punir un être d’amour et de bonté – celui qu’il est devenu – au prétexte qu’un être qu’il n’est plus a fauté ?

Si vous estimez qu’il est injuste de voir ainsi le méchant accéder aux cieux au côté du gentil, n’oubliez pas que le pardon est une prérogative divine.2 Avouez qu’il serait dommage de ne pas en user.
Ou dites vous que le poids des actes du méchant le suivra jusqu’au paradis, si vous tenez tant que cela à ce que « justice » soit faite. Votre soif de représailles n’est que trop humaine.

Quels que soient vos péchés, en retrouvant la chaleur du giron divin, vous serez absout.

L’enfer n’est pas compatible avec un dieu d’amour et de miséricorde.

Dieu est juste

Revenons à nos fondamentaux : Beccaria dans son immense sagesse recommandait de proportionner la peine au délit. En quoi un châtiment divin éternel peut-il être proportionnel à quelque délit humain que ce soit ? Le délit est limité dans le temps – il ne saurait excéder la durée de la vie de l’humain l’ayant commis ; la peine est éternelle. Le délit est commis par un être de chair, il ne saurait donc être absolu ; la peine est divine.3 Proportionnalité ? Quelle proportionnalité ?

L’humain a mis du temps avant d’abolir la torture : elle n’est pas conforme à son idéal. Oh, elle subsiste bien par ci par là, mais globalement, l’histoire en marche vise à son éradication. Dieu serait-il moins sage que les humains ? Insensé.

L’enfer n’est pas compatible avec un dieu de justice.

L’enfer n’existe pas

Je ne puis concevoir un dieu de bonté pratiquant la torture. Je ne puis concevoir un dieu d’amour et de miséricorde se montrer haineux et revanchard. Je ne puis concevoir un dieu de justice vouer aux tourments éternels des âmes égarées.
Si un tel dieu existait, l’enfer n’existerait pas.4 Ou il s’agirait d’un désert d’âme, à l’utilité contestable.

A moins que… si je m’en réfère une fois de plus à Beccaria, la certitude de l’impunité est un des facteurs aboutissant au passage à l’acte. La certitude le la punition devrait donc en être un frein considérable.
Faisons donc croire au croyant – par définition crédule – que l’enfer l’attend s’il s’écarte du droit chemin, il n’en déviera point. Il n’a aucun moyen de vérifier la véracité de la menace avant son trépas, la certitude de la punition est donc acquise. Une fois au paradis, il apprendra qu’il a été berné, mais que grâce à ce pieu mensonge sa vie sur terre n’en a été que meilleure, les croyants y ayant contribué en n’assassinant pas leur prochain à tout va. Et youpi tralala.
On remarquera cependant que cela ne fonctionne qu’avec les croyants, un athée se souciant de la menace de l’enfer moins que de sa première chemise. Et encore cela ne fonctionne-t-il qu’avec une partie des croyants, à moins que l’on ne me prouve qu’aucun croyant – toutes religions confondues – n’a jamais commis un péché lui assurant la damnation éternelle. Bon courage !

  1. Le vocabulaire religieux employé ici nous indique clairement l’assimilation, au sens premier du terme, de la personne décédée à la divinité. Dieu omnipotent est omniprésent : il est partout, en toute chose, en tout être, tout croyant vous le confirmera. Les êtres vivants ne perçoivent tout simplement pas cette présence. Oh, ils peuvent la ressentir s’ils sont particulièrement imbibés de ferveur mystique, mais ils ne la perçoivent pas. L’être, composante divine qui s’ignore de son vivant, devient – ou redevient ? – à l’instant même de son trépas composante divine intégrale, révélation incluse.[]
  2. Personnellement, je ne suis jamais parvenu à pardonner à qui que ce soit.[]
  3. Je crains que vous autres croyants, ayant un peu trop tendance à anthropomorphiser votre dieu, n’en oubliiez qu’il est de nature divine. Vos curés vous l’affirment sans relâche : de part votre nature humaine, vous ne sauriez l’appréhender, ni de près, ni de loin. Vous parlez de châtiment divin comme vous parleriez d’une peine de prison, sans entrevoir le sens de vos mots, sans réaliser ce que cette sémantique recouvre ; vous ne les emploieriez pas sinon, un reste de charité chrétienne, ou de toute autre obédience qu’il vous plaira – je ne suis pas sectaire, vous en empêcherait.[]
  4. La réciproque n’est pas vraie pour autant.[]

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5 commentaires pour “Souriez ! L’enfer n’existe pas”

  1. Le révérend dit :

    Machiavel aurait dit sur son lit de mort: « Je refuse le paradis, il n’y a que des saints et des mendiants ». Je le tiens d’un ami, et j’avoue que la phrase est trop belle pour que j’ai vérifié l’exactitude de ses sources. Toutefois j’ai trouvé ce matin ce passage qui m’a tout autant amusé, une révélation faite par la descendante de cet immortel professeur en politique: « Il semblerait que Niccolo, sur son lit de mort, reçut la visite d’un prêtre qui cherchait à le convaincre de chasser le diable qui se logeait en lui et que ce récalcitrant lui aurait répondu : «Mais, vous croyez que c’est le moment pour se faire des ennemis ?» ». Je me permets de vous laisser le lien vers l’article
    http://www.liberation.fr/culture/0101646174-retour-de-machiavel

    Votre conclusion me semble terriblement juste, et j’irais même plus loin en pensant que finalement, tout ceci n’a que pour but de préparer sa mort. Si l’un des buts d’une religion est de préparer à cet instant fatidique, on peut penser que la règle serait « vis au mieux et fais de ta vie un paradis pour qu’au moment d’expirer tu meurs en paix, le sourire aux lèvres »; ainsi le « méchant » mourra avec ses regrets. Une vision plutôt optimiste: je doute que lecteur du figaro résilie son abonnement avant de passer l’arme à gauche (d’ailleurs, dans ces cas là, dit_on passer l’arme à gauche ou à droite?)

    Il est intéressant de comparer les notions de l’enfer entre le judaïsme et le christianisme: pour le second, dieu est infiniment bon et amour et serein, en gros super zen (avec un fils un peu hippie ça se comprend) Il est super sympa mais par contre, tu as mal agi, tu finis dans les flammes pour revenir au momenpeut être sympa mais il ne faut pas trop le chatouiller. Il est peut être de très mauvaise humeur et très rancunier. Par contre, l’enfer, appelé ici le sheol ne consiste pas à un torrent de flammes ou à regarder l’intégral de Derrick, mais plutôt à un état de vie éternel où le « méchant » sais que le dieu existe, il sent sa présence, mais il ne peut jamais l’approcher, comme un enfant qui voudrait être réconforter ses parents mais dont la porte reste désespérément close. Fianlement c’est moins cruel mais plus sadique…

    Une amie me demandait un jour s’il existait une religion sans idée de mort et d’enfer. Je n’en ai trouvé aucune mais je compte sur vous pour accomplir ce miracle dans le cadre de votre nouveau sytème théologique.

  2. Amine dit :

    Bonjour Révérend !

    J’avais précisé en début de billet que je ne parlais ici que des dieux bardés de qualités absolues, ce qui ne correspond pas tout à fait au dieu des juifs. Moins absolu, plus flexible, celui-ci résiste mieux à la critique.
    Le judaïsme stipule que dieu a renoncé à sa toute-puissance pour pouvoir créer le monde, ce qui est somme toute fort logique. La création du monde répond à un besoin – pourquoi le faire sinon ? – or un être omnipotent n’a pas de besoin. Par ailleurs, afin de permettre le libre arbitre, ce monde doit échapper à son contrôle.
    Dieu, qui était toute chose avant la création du monde, devient une entité hors de laquelle existe une autre entité – le monde – qu’il a créé. Il me semble encore une fois logique de penser que dans ce cas, le sheol puisse également exister en dehors de son créateur. Dieu ayant renoncé à être un et tout, nul besoin pour lui d’appeler les morts à le rejoindre. Ils vivent leurs existences propres, éternellement frustrés de ne pouvoir rejoindre cet absolu qu’ils ne méritent pas. Dieu est si humain dans l’ancien testament !

    Pour répondre à votre question, non, pas d’enfer chez moi. Pas de récompense, pas de punition. Que vous croyiez ou pas est sans importance, tous seront logés à la même enseigne. Ni carotte, ni bâton.

  3. Le révérend dit :

    Mes salutations Prophète!

    Si je me réfère aux nombreuses fautes d’orthographes glissées dans mon commentaire, je me dis que je mériterais l’enfer (ça m’apprendra à me coucher tard au lieu de célébrer le culte)

    Pour digresser un peu sur la notion de renoncement divin, si le rêve de l’esclave est de devenir est un maitre et que le rêve du maitre est de devenir un esclave, peut-on considérer que le dieu de la génèse a renoncé à tout pour devenir humain?

  4. [...] ne connaît.  Je vous suggère d’ailleurs la lecture de cet article d’Amine Venezia sur la non-existence de l’enfer.  Et si on considère que le paradis existe, le mérite-t-on si on n’a rien fait pour faire de [...]

  5. zig dit :

    J’aime beaucoup ce que vous faites Mr le Prophète …je peux vous appeler mon gourou vénéré?!

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